Fruit d'une observation partagée

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Des effets troublants d’une pandémie pourtant prévisible

 

En 1994, l’European Journal of Epidemiology publia un court texte, que l’on pourrait qualifier avec le recul de prémonitoire. Le professeur Gérard Dubois, alors professeur de santé publique au CHU d’Amiens, élaborait ainsi dans une fiction politique un scénario relatif à une pandémie majeure de grippe.


Les faits. Yunnan en Chine est l’épicentre de cette pandémie d’alors que les autorités n’arrivent pas à maîtriser. Cinq mille décès sont rapidement comptabilisés. Ni militaires, ni hommes d’affaires, ni touristes ne sont les premiers vecteurs du virus hors de Chine. C’est une délégation de parlementaires européens qui, de retour de ce premier cluster – à l’époque de la parution de l’article, ce terme ne s’employait pas ! -, fait de Strasbourg le lieu primaire de l’expansion du virus en Europe. Les services d’urgence sont rapidement débordés, les transports en commun perturbés et l’économie plonge au bout de quelques mois avec un recul de 3 % du PIB. Les soignants sont largement atteints par le virus qui décime nombre d’entre eux. Tandis que jour après jour, les médias égrènent les chiffes de l’épidémie et dissertent à l’envie sur la catastrophe humaine ; des avocats peu scrupuleux se tiennent prêts à toute action en justice.


Le directeur général de la santé fini par être démis de ses fonctions mais publia le lendemain une note vieille d’une année dans laquelle il avertissait son ministre des conséquences graves d’une possible épidémie de grippe. Lequel n’en tint nullement compte. Le professeur Dubois termine son papier en incitant les autorités internationales à se préparer pour un jour devoir combattre une telle épidémie de grippe. Ce que l’OMS commença à faire.


La grippe aviaire, H1N1, le Sras, le Mers, et même le paludisme ou encore Ebola, n’ont réussi à mobiliser durablement l’attention des instances nationales et internationales en dehors de celles de santé publique. Ni n’ont réussi à paralyser l’humanité.


Il se dit par ailleurs que l’Empire romain d’Occident n’est pas tombé ce jour de 476 où Romulus Agustule abdiqua devant le barbare Odoacre, roi des Hérules. L’Empire n’existait déjà plus en fait depuis longtemps, le 4 septembre 476 signa la fin de son existence en droit et en Occident. Il se dit aussi que l’Empire romain d’Orient ne finit pas plus sous les attaques ottomanes en 1453.


Les théories sur la Chute de l’Empire romain sont pléthores. Avant de proposer la sienne, Kyme Harper, professeur d’histoire à l’université de l’Oklahoma (États-Unis) en a dénombré deux cent-dix. Pour la deux-cent onzième, il mobilise les outils de la paléogénomique qui permet d’analyser et d’interpréter avec un grand degré de fiabilité les ossements humains, leur taille, leur forme jusqu’à leurs cicatrices. Il en appelle aussi à l’analyse isotopique de ces restes humains et des dents qui racontent silencieusement les famines et les migrations humaines. Et il les associe à la paléoclimatologie qui fait émerger les bouleversements climatiques de la mémoire des carottes de glace prélevées ici ou là, de celle de grottes ou encore de celle des dépôts reposant dans le fonds des lacs, de mers ou des océans.


Sa théorie éclaire d’un jour nouveau la fin des Empires romains d’Occident et d’Orient. Elle met l’accent sur l’action déterminante du réchauffement climatique qu’ont connu les derniers siècles romains, connu sous le nom d’optimum climatique romain, puis d’un net refroidissement. Ces troubles du climat coïncidèrent cependant avec plusieurs pandémies à la gravité sans précédent. Les plus connues : peste antonine (IIe siècle), peste de Cyprien (IIIe siècle), peste de Justinien (IVe siècle) ébranlèrent jusqu’aux tréfonds des fondations de l’Empire. La peste de Justinien aurait tué environ la moitié de la population. Elle marqua la fin définitive de l’Empire romain en Europe occidentale et la fin de l’Antiquité. Sa réapparition sous le nom de peste noire à partir de 1347 marqua la fin de l’Empire romain à Constantinople et la fin du moyen-âge.


Il existe par ailleurs ce fortifiant tableau synoptique paru en 2001 sous la plume de Melse et Hollander. Il montre les périodes de développement économique des sociétés humaines, les problèmes environnementaux et leurs impacts sanitaires. La période actuelle est la dernière du tableau. Elle est intitulée : Le futur, développement durable ou systèmes écologiques planétaires menacés.


Les auteurs font du réchauffement climatique, des catastrophes naturelles, la surpopulation, la dégradation des terres et la pénurie d’eau les problèmes environnementaux que devra affronter l’humanité. Ils y ajoutent la propagation accrue des vecteurs de maladie. Et, en toute bonne logique, indiquent dans les impacts sanitaires la «résurgence» de maladies transmissibles connues et nouvelles...
Nous y serions donc...


Les épidémiologistes s’attendaient depuis nombre d’années à une pandémie mondiale ravageuse. ll y a quelque vingt années, le Sras et quelque dix ans H1N1, furent les candidats les plus sérieux et mêmes si leurs virus circulent toujours autour de la planète, ils ne sont plus guère dangereux qu’une grippe saisonnière. En s’invitant durant l’hiver 2019, le Covid-19 a bouleversé le fondement même de notre civilisation mondiale et un état de sidération s’est lentement distillé à travers le monde.

Les tenants d’une vision cyclologique du temps, pensent qu’aux mêmes causes correspondent les mêmes effets, et que ce qui a été le sort de l’humanité européenne à la fin de l’Antiquité est tout simplement en train de se répéter, à une échelle bien plus grande, signant très certainement la fin de notre civilisation.


Il reviendra aux historiens du futur de faire la part des choses.
Pour le présent, le confinement durant plusieurs semaines et mois de la moitié de la population humaine et l’arrêt brutal et majeur de l’économie mondiale vont très certainement laissés des stigmates importants dans nos façons d’être, de faire, de penser, de travailler.


Marginal jusqu’à présent et réserver à quelques cadres privilégiés, contraint ou voulu, le télétravail s’est répandu comme une traînée de poudre. Les plateformes collaboratives, les sites de visioconférences, on y a vu le nombre de leurs utilisateurs croître de façon quasi exponentielle. Il n’est pas sûr que la phase post-épidémique marque le reflux de cette ruée soudaine. D’une part, parce que nul ne sait quand commencera cette phase. D’autre part, parce que les avantages du télétravail ont surgi, tant pour les salariés que les employeurs.


La distanciation physique va certainement être l’élément le plus durable dans ces nouveaux rapports humains qui se construisent, motivée par la peur d’être contaminé, mais pas uniquement. Ne plus devoir se lever aux aurores pour être à l’heure au bureau, ne plus devoir prendre des transports en commun bondés, ou être tributaires de leurs retards ou absences, sont d’autres facteurs favorables, sur lesquels pourraient aussi surfer la lutte contre le réchauffement climatique et le développement durable. Moins de déplacements, c’est moins de transports et donc moins de pollution. Le télétravail s’impose pour certains comme la solution du futur face aux enjeux de notre siècle.


Cependant, quid de ces échanges informels durant les temps de pause ou devant les machines à café, de ces moments de convivialité et de relations humaines, que les sociologues du travail décrivent non seulement comme nécessaires à la santé des travailleurs, mais aussi au règlement d’affaires voire à des gains de productivité ? D’autres manières de faire informelles vont de toutes façons émerger et plusieurs enquêtes montrent aussi que le télétravail est source d’un accroissement sensible de la productivité.


La digitalisation des entreprises, petites ou grandes, et administrations et le recours massif aux outils collaboratifs et d’actions à distance, vont devoir s’accompagner des nouvelles formes de management. Une réunion en visio-conférence ne se déroule pas comme une réunion physique. Le travail en équipe nécessite un encadrement adéquat, en temps réel comme en temps différé, et une réelle et complète circulation de l’information. Tandis qu’il faudra veiller à la conciliation des temps entre vie professionnelle et vie privée, et être d’autant plus attentif au droit à la déconnexion, et à la santé mentale des collaborateurs.


La question de la sécurité des systèmes d’information devient alors encore plus cruciale qu’elle ne l’est lorsqu’il n’y a pas éclatement du lieu de travail. Peut-être d’ailleurs est-ce l’une des restrictions à ce que tout activité de bureau se fasse en télétravail.


Ces enjeux sont au coeur des réflexions que mènent dès à présent l’observatoire de la santé et du social. La période du confinement a été celle du travail à distance. Nombre de visio-conférences ou télé-conférences ont émaillé ces semaines de mars à mai, en interne comme avec des partenaires extérieurs, et sans que la qualité des discussions et des dossiers en pâtissent. Des entretiens individuels pour des études ont pu être aussi menés, enregistrés, sans altérations aucunes.


Certes, les connexions sont pour l’instant le talon d’Achille et, au quart d’heure que les participants d’une réunion en présentiel s’accordaient avant le début des discussions, succède le quart d’heure de mise en relation des uns avec les autres. Une réflexion approfondie devrait permettre à l’OR2S de se doter des outils digitaux adéquats pour permettre, avec toute la sécurité voulue, l’efficacité des échanges. Cela vaudra tant pour l’accomplissement de ses missions que pour les réunions statutaires. Ce nouveau fonctionnement impactera aussi les colloques et conférences. D’ores et déjà, l’OR2S et ses partenaires de la Plateforme sanitaire et sociale s’attellent à imaginer la journée annuelle de la plateforme sous forme d’un colloque virtuel !


D’autres questions mériteront d’avoir des réponses, comme la surface de bureaux nécessaire, l’impression des documents de travail, les déplacements qualifiés d’indispensables. Et la gestion de la présence au bureau. Car si venir travailler tous les jours de 9 heures à 18 heures, risque de devenir de l’histoire ancienne pour certains, il faudra bien pour ceux pour lesquels le télétravail est possible y venir tout de même de temps en temps ne serait-ce que pour maintenir le lien social, le sens de l’équipe et une validation partagée des projets.


Évidemment, tout cela était latent avant le Covid-19, à l’OR2S comme ailleurs, mais ce tout petit coronavirus sera peut-être décrit plus tard comme ce qui a permis l’éclosion d’une nouvelle ère...

 

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